LES MODES D’EXPRESSION DU HIP-HOP, DES ORIGINES A NOS JOURS :
LE RAP
Première discipline artistique du hip-hop avec les Dj’s, le rap(1) est avant tout un texte scandé, improvisé ou non. Le rappeur est le maître des mots “le MC” (Maître de Cérémonie ou Maître des Contes). le rap représente le retour primordial de la parole.
D’influences jamaïcaine, des musiques populaires des ghettos noirs, il s’inscrit ensuite dans les différents styles de musiques noires aux Etats-Unis (blues, jazz, gospel, soul, funk). Il ne fait que perpétuer une tradition orale très ancienne d’influence africaine avec les “Griots”, qui de village en village racontaient en chantant les événements de la vie courante, s’aidant d’instruments de musique traditionnels comme la kora ou le tambour, pour rythmer les mots.
Puis, dans les champs de travail des minorités noires(2), le “holler” ou “holler field” (première forme du rap) était le moyen d’exprimer sa condition de vie souvent misérable, en raison de l’esclavage, par des paroles brèves et rythmées en “appel-réponse”.
Tout comme le “toast”, dans les années 1910/1920, aux Etats-Unis, relatait un fait d’actualité, sur un style narratif, l’interprétation variant selon le narrateur. Plus proche de nous, le “prêche” (ou “preaching” en anglais) est une exhortation religieuse des populations noires et un discours politique extrêmement puissant, comme le faisaient Martin Luther King, Malcolm X, les Blacks Panthers, dans le but de lutter contre la ségrégation “raciale”.
On retrouve dans le rap ces inspirations issues de ces différents contextes sociaux et culturels significatifs des conditions de vie souvent très difficiles à travers les temps.
Tous les thèmes de la vie sont évoqués encore aujourd’hui, à partir de valeurs très fortes de respect, de liberté, d’émancipation. Se prendre en charge, devenir acteur de sa propre vie, ne pas subir le système(3) ..., sont entre autres des messages politiques véhiculés dans le rap.
(1) “To rap” : bavarder, baratiner.
“La culture hip-hop”, Hugues Bazin, éditions Desclée De Brouwer.
(2) “Le Tempo de mon imagination me rappelle que ma musique est née dans les champs de coton !”, paroles d’IAM, groupe de rap de Marseille, dans “L’école du micro d’argent” 1998.
(3) “Oui à la culture pour bâtir mon futur !”, paroles d’Assassin, groupe de rap de Paris, dans “Le futur, que nous réserve-t-il ?” 1992.
Le rap apparaît comme un message agressif, de rebéllion systématique contre un pouvoir qui ne reconnait pas les plus démunis.
Dans le rap, toutes les tendances sont représentées : aux Etats-Unis, dans les années 70, il a débuté avec “Grand Master Flash” , “Last Poets” puis “Public Enemy” des rappeurs très engagés, n’hésitant pas à dénoncer dans leurs textes les injustices (la misère, l’esclavage) dont sont victimes les populations noires depuis toujours : “Pour que la communauté noire se prépare à un changement, il faut qu’elle prenne la loi en main !”(1)
Puis dans les années 80, avec “KRS-One” (son patronyme est tiré de "Knowledge Reigns Suprême Over Nearly Everyone”,"la connaissance règne en maître ou presque dans chacun de nous” !) : “premier rappeur conscient, inventeur du hip-hop reggae et du flow décalé, co-fondateur de B.D.P., instigateur du mouvement “Stop de violence”, conférencier à Harvard, Stanford et Yale, pasteur à l’église de Riverside (Harlem) et fondateur du “Temple of hip-hop”, Krs-One est tout cela à la fois !” (2)
Le “gangsta rap”, autre style venu de la côte ouest des Etats Unis, arrive dans les années 80, où se mêlent des textes illustrant des conditions de vie difficiles et ses déviances (proxénétisme, crime, drogue, racket, violence ...) à des scènes provocantes, donnant souvent une image peu valorisante du milieu hip-hop et de la population, relayée par les médias qui donnent un reflet irresponsable et erroné de cette culture. Ce style de rap connait un intérêt considérable auprès du public, et particulièrement auprès de la jeunesse pour laquelle les effets ne sont pas des plus bénéfiques !
Ce style de rap est très répandu, on connaît 2pac (décédé aujourd’hui), Snoop Dogg, Ice Cube, Dr. Dre, 50 Cent ... ou Eminem, célèbre rappeur américain “blanc” devenu acteur (8 miles) et producteur, connu pour avoir une façon très originale d'écrire ses textes de rap, sachant manier à la fois la technique et le sens de la rime, à imposer son style et un flow très personnel (qualité d'élocution).
Le rap arrive en France dans les années 80, accaparé par les médias : “Radio 7” avec des rappeurs et D.J. connus comme Dee Nasty et Lionel D, puis la télévision en 1984, avec l’émission “hip-hop”, animée par Sidney (danseur hip-hop).
Le rap semble disparaître avec l’arrêt de cette émission en 1985, mais c’est de nouveau dans les années 90 avec les tendances “groove” (poétique) avec Mc Solaar, modérées et régionalistes avec IAM ou “hardcore” (engagé, revendicatif) avec les groupes Assassin, NTM, qu’il revient sur le devant de la scène.
Il ne faut pas oublier qu’au même titre que le rap, le “ragga”(3) (issu du mouvement reggae), fait partie intégrante du hip-hop avec un groupe français célèbre “Saï-Saï” ou le chanteur antillais “Tonton David” (chanteurs raggamuffin).
L’inter-dépendance entre le mouvement Rasta (Bob Marley, Alpha Blondie en sont les référents les plus connus !) et Zulu est indéniable, ils se rejoignent dans l’idéologie, dans le message (la non-violence, la lutte contre la ségrégation raciale), par leurs liens originels à l’Afrique.
Les influences multi-culturelles ont enrichi le hip-hop pour en faire une vraie culture. D’autres formes d’expression sonores et rythmiques sont apparues comme “l’Human Beat Box” ou boite à rythme humaine : on produit avec sa gorge un son avec un rythme, le corps devient l’instrument !
Plus récemment, arrive le “Slam” en France avec "Pilot le hot", inspiré des Etats-Unis où il existe déjà depuis les années 80, jeu de poésie créé par Marc Smith. La tradition orale se renouvelle et se perpétue !
(1) Interview de Chuck D, leader du groupe “Public Enemy”, Free Style, interviews de Desse et SBG, Florent Massot et François Millet éditeurs.
(2) Revue hip-hop : “Radikal N° 54”
(3) Le terme “ragga” ou “ragga hip-hop” a été inventé par les Européens pour marquer l’évolution par rapport aux racines, le “reggae roots”, de la Jamaïque.
“La culture hip-hop”, Hugues Bazin, éditions Desclée De Brouwer.
LE DJ’ING
Il est étroitement lié au rap puisque sans les DJ’s, le rap actuel n’aurait pas pu exister et se développer.
Le “beat box” ou boite à rythme : art du bruitage avec la bouche (basse, scratch, clavier ...) Rhazel (The Roots), Buffy (Fat Boys), Dougie Fresh, Ready Rock ... en sont des représentations mondiales, le “sample” (musique mise en boucle), le “dub” (ligne mélodique), sont les instruments du DJ et les bases sonores qui permettent de donner le tempo et d’appuyer les mots.
L’art du DJ, c’est mixer le son entre deux platines ou à “scratcher”.(1)
DJ “Kool Herc”, de son vrai nom “Clive Campbell” et “Herc” parce que sa stature faisait penser au légendaire Hercule, fut le précurseur de cette discipline dans le quartier du Bronx à New-York, à la fin des années 60.
Il amena de la Jamaïque, son pays d’origine, des “Sound Systems”, il inventa alors les break-beat musicaux sur lesquels commencèrent à évoluer les danseurs (Breakers Boys ou B.Boys) et en introduisant le “Toasting”, il permit alors de lancer les MC (Maîtres de Cérémonie) et une longue lignée de rappeurs !
Kool Herc “The godfather of hip-hop” (Dieu le père du hip-hop), perpétue et enrichit l’âme originelle du “Jam” !
Il fut suivi du DJ “Afrika Bambaataa”. D’abord des musiciens, ils étaient aussi pour leur époque des “éducateurs de rue !” et organisaient des fêtes hip-hop (block parties) rassemblant rappeurs et danseurs.
C’est dans les années 80, avec l’avènement du rap que s’affirmèrent les pionniers du DJ’ing français : DJ “Dee Nasty”, DJ “Lionel D”, puis d’autres comme le DJ “Cut Killer”, DJ “Khéops” ...
(1) “Le scratch” c’est détourner la platine de son usage normal et en faire un instrument de musique. Il utilise le disque comme un instrument de musique à part entière : le Dj arrête le disque de ses doigts, sur un son et selon qu’il accélère ou ralentit, tout en le découpant sur sa table de mixage, il extrait des notes sur ce son. Ce son sera mixé avec des passages musicaux qu’il isolera d’une seconde platine et ainsi d’extrait en extrait, contruit un autre morceau.
“La culture hip-hop”, Hugue Bazin, éditions Desclée De Brouwer.
LA DANSE HIP-HOP
C’est la danse des “B.Boys” (Breakers Boys). C’était le signe de reconnaissance du mouvement hip-hop avant même le rap, dans les années 70 aux Etats-Unis, avec un groupe précurseur “Rock Steady Crew”.
A l’origine, c’est l’utilisation d’espaces peu conventionnels : la rue, les gares, les centres commerciaux, les cages d’escaliers d’immeubles ... de nouveaux lieux où les défis vont se lancer (les battles), des défis artistiques où entre des phases de danse collective, se produisent des morceaux individuels ou chaque danseur du groupe passe la main à un autre pour qu’il exécute une prestation spectaculaire, une véritable performance gymnique et dansée.
En alliant corps, esprit, espace, temps, la danse hip-hop cherche à répondre à cette tension créative générée par l’urgence.
La danse hip-hop, c’est une autre façon d’avoir une emprise sur le temps et l’espace, à l’instar des autres arts du hip-hop, c’est répondre autrement à l’oppression sociale et culturelle. Le corps est replacé au centre (figure des défis) alors que dans l’espace urbain il apparaît de manière anonyme.
La danse hip-hop a fait son apparition en France en 1982, puis à l’émission “hip-hop” en 1984 (qui ne dura qu’un an, pour des raisons commerciales) avec l’animateur Sidney, où le but était de valoriser cette pratique venue de la rue. C’était la première fois que les médias donnaient autant d’importance à une expression aussi populaire, cela ne s’était jamais vu ailleurs.
On distingue des styles et des techniques très divers, parmi eux :
Le “smurf”(1), la “hype”, le "popping", le "locking", le "boogaloo", “l'électric boogie” sont ce qu'on appelle les danses "debout", qui proposent des styles de mouvements articulés, bloqués, des déplacements ondulés, fluides (l’égyptien, le patin ...) et des techniques de mimes ; elles font partie d'un style musical : le funk (courant musical né dans les années 1960/70 issu de la soul music et du jazz rock) et sont appelées "funk style".
Le “double-dutch”(2), est une danse avec des cordes à sauter, essentiellement réalisée par des filles, donnant lieu à des compétitions.
La “break-dance”(3), c'est l'origine de la danse hip-hop, c’est un mélange de figures acrobatiques, sans cesse enrichies par les personnes et leur propre style. Le danseur “Storm” marqua la première génération de danseurs hip-hop.
(1) “Smurf” veut dire littéralement “schtroumpf”. A ses débuts, cette expression artistique fut appelée ainsi parce que les danseurs avaient des gants blancs comme les schtroumpfs.
(2) “Double dutch” : figures acrobatiques et chorégraphiques (classique, jazz, break, gymnique, hype) sont utilisées à l’intérieur de deux cordes tournant en sens inverse à l’intérieur l’une de l’autre.
“la culture hip-hop”, Hugues Bazin, Editions Desclée De Brouwer.
(3) Danse au sol : le terme “break-dance” vient de breaking qui signifie casser.
Les danses hip-hop relèvent d’une vraie performance physique : tourner sur le dos (la coupole), sur la tête (la couronne), faire le “scorpion”, des vrilles, des “passe-passe” et bien d’autres figures encore, demandent des qualités sportives et artistiques évidentes.
A leurs débuts et encore maintenant, les breakeurs dansaient sur des cartons ou sur des sols lisses (hall de bâtiments publics, entrée des immeubles ...), aujourd’hui de nombreuses scènes ont ouvert leurs portes à l’art de la rue et ont reconnu ces nouvelles expressions urbaines.
Actuellement de nombreuses troupes se sont formées et professionnalisées : “Traction Avant”, “Black, Blanc, Beur”, “Aktuel Force”, “Accrorap” ...
Sur la région PACA, la troupe “Grenade” rassemble des jeunes issus des quartiers des grandes villes, elle illustre une expérience artistique entre danse hip-hop et danse contemporaine, elle échange des styles avec la troupe “Käfig” de la région lyonnaise : l’art et la culture comme moyen de s’en sortir dans un champ social en décomposition, le pari est extrêmement difficile, mais combien dynamisant et stimulant pour la création !
Cependant la danse, comme d’autres disciplines du hip-hop a du mal à se professionnaliser parce qu’empruntant des chemins peu académiques. Elle est aussi souvent rejetée pour sa dimension rebelle qui effraye certaines institutions.
LE GRAFFE
TAG et GRAFFE : ORIGINES ... INFLUENCES ... MOTIVATIONS ...
Le “tag” est à l’origine du graffe !
Le tag : c’est une signature codée marquant un territoire, souvent illisible pour les non-initiés, c’est la base de lettrage du graffe.
Le tag comme le graffe s’inscrivent dans la tradition graphique issue de l’immigration hispanique avec le “Muralisme mexicain”.
En 69, à New-York, le tagueur Cay qui écrivait son tag en l’occurence son surnom, sur tout le métro disait : “Le nom, c’est la religion du graffiti, je regarde mon nom qui passe !”(1). Il pouvait rester ainsi des journées entières à regarder les rames de métro passer et à contempler son tag. Il indiquait ainsi une solution pour sortir du ghetto, de l’anonymat.
Lieux de prédilection du tag, le métro et autres lieux de circulation importante, en ville ou à la périphérie (autoroutes, voies ferrées ...) connurent d’autres tagueurs célèbres : Taki 183 et Julio 204, issus des minorités noires et latino-américaines.
Le tag, ça n’est pas que du vandalisme, c’est aussi une façon d’occuper l’espace et de constituer méthodiquement un réseau. Avec la “Zulu Nation”, il va progressivement s’affranchir de ses fonctions mafieuses (guerre de gang, racket, trafic de drogue).
Les motivations des tagueurs sont diverses : c’est d’abord l’envie de communiquer, le plaisir d’écrire pour écrire, c’est un moyen de s’affirmer en tant que jeune créateur ou bien de vouloir s’opposer à ce monde (appelé Babylone par les tagueurs) où l’argent prend une importance grandissante au détriment des relations humaines.
Les tagueurs sont aussi amateurs de sensations fortes et d’aventures, l’interdit, l’illégalisme sont d’autres composantes fondamentales du mouvement tag.
“N’oublions pas que les petites émotions sont les grands capitaines de nos rêves et qu’à celles-là nous obéissons sans le savoir”(2).
Comme le disait Cay, le tag procure un plaisir évident, être vu par le plus grand nombre, vouloir être le meilleur et le plus connu dans son domaine. Cela démontre bien des motivations différentes, qu’elles soient personnelles (aspect narcissique) ou sociales (besoin d’affirmer son identité, être reconnu dans son milieu, mais aussi aux yeux de la société).
(1) “Graffiti de New-York”, documents de Mervyn Kurlansky et Jon Naar, texte de Norman Mailer, Chêne.
(2) Paroles de “Van Gogh”, livre “Paris Tonkar” de Tarek Ben Yakhlef et Sylvain Doriath, Florent Massot et Romain Pillement, éditeurs.
LE TAG, LE GRAFFE :
Un phénomène de société entre art et dégradation ...
Dans le tag, il y a des aspects en opposition :
Les tagueurs veulent s’affirmer en tant que jeune créateur, cependant ils rejettent cette société qu’ils nomment “Babylone”.
Dans le groupe(1), l’autorité du leader est symbolique, fonctionnant avec des lois internes alors que dans la société, le pouvoir du chef est subie. Les tags se réalisent la nuit, en opposition au travail qui se réalise plutôt le jour. les tagueurs s’approprient des lieux qui deviennent privés pour eux, alors qu’ils sont publics ... Leur langage est inversé (le verlan), leur mode vestimentaire aussi (la casquette à l’envers) ...
Le graffiti est aussi un régulateur de la vie sociale. A notre époque moderne, les tags abondent dans les lieux où l’oppression sociale est la plus marquée, où la vitesse des flux (activités économiques), des communications (voies de circulation) est la plus saturée et génératrice de stress.
L’état psychologique du tagueur renvoie à l’état de la société elle-même qu’elle considère comme un marginal. Ce tagueur, délégué inconscient, ne fait que traduire le langage de la société.
L’ambivalence des pouvoirs publics à l’égard des tagueurs ne fait qu’ajouter à l’incompréhension généralisée et alimente ce phénomène de société : “La RATP par exemple n’hésitera pas à combattre farouchement le tag, alors que dans le même temps elle l’utilisera en 1984 dans sa campagne “graffiti-ticket” comme vecteurs de la modernité urbaine et de sa communication institutionnelle”(2).
“Le tag et le graffe” sont deux expressions artistiques à part entière.
Même si le graffe est une forme plus élaborée, le tag n’est pas un art mineur par rapport au graffe, puisque tout graffeur a d’abord été tagueur ; ils ont seulement des chemins et des buts différents.
Le tagueur doit taguer le plus possible, mais son style tient autant à la beauté de son travail qu’à sa production : la qualité en quantité !
(1) Groupe : appelé aussi dans le mouvement hip-hop “posse” ou “crew”.
(2) “La culture hip-hop”, Hugues Bazin, éditions Desclée De Brouwer.
Rappelons, par exemple, le parcours fulgurant du graffiti artist Jean-Michel Basquiat, reconnu mondialement dans le milieu de l’art, exposa en 1981, à l’âge de 21 ans avec les plus grands artistes de l’époque : Andy Warhol (le père du Pop Art), Keith Haring (artiste aérosol), Futura 2000 et Lee (graffeurs hip-hop, artistes aérosol).
Jean-Michel Basquiat, artiste autodidacte new-yorkais, d’origine porto-ricaine et haïtienne, taguait sur les murs de la ville son surnom “Samo”.
Le milieu “Underground”(1) de New-York et la rue lui donnèrent ses inspirations : l’usage de l’écriture est pour lui indissociable de son contexte.
“Son oeuvre est toute entière fondée sur la gestion d’un chaos ! En opérant ainsi la picturalisation de cette parole jusqu’alors tue, Basquiat a donné à l’art du graffiti ses lettres de noblesse, il l’a tiré de l’underground pour le porter au grand jour des musées et des galeries, c’est-à-dire à la reconnaissance d’une esthétique par le milieu de l’art lui-même”(2).
Le “graffe” : c’est une forme plus travaillée que le tag, dans le sens où on n’utilise plus le marqueur, seulement la bombe de peinture aérosol, le nom n’est plus l’essentiel mais un élément de la fresque.
Le graffe a débuté en France, à Paris en 1983, sur les palissades de chantier de la Pyramide du Louvre et celles de Stalingrad, faisant de ces lieux des passages obligés pour tous les tagueurs et graffeurs d’Europe.
Les aléas du temps et les nombreuses interventions de police suscitèrent la fin de ces hauts-lieux du graffiti. Mais celui-ci renaît un peu plus tard sur le terrain de Mouton-Duvernet au sud de Paris, puis à la gare abandonnée d’Auteuil, sans compter toutes les actions sur les voies ferrées de la SNCF et de la RATP jusqu’à maintenant.
Paris fut le départ d’un nouveau mouvement qui va s’étendre rapidement à toutes les grandes villes européennes : Berlin, Bruxelles, Milan, Barcelone, Amsterdam, Stockholm ...
(1) ”Underground” : en anglais “souterrain”, se dit d’un mouvement, d’une production artistique qui se situent en dehors des circuits commerciaux traditionnels. Petit Larousse.
(2) “Jean-Michel Basquiat”, Musée de Marseille, éditions Seuil ( J. M. Basquiat est mort tragiquement en 1988).
Le graffe en Europe a créé de nouveaux styles. Avec le lettrage venu des Etats-Unis, le graffe va associer des personnages agressifs ou burlesques, des paysages, des couleurs. Le graffeur est le peintre de la rue !
Celui-ci trouve son inspiration, entre autres, à partir des bandes dessinées américaines (comics) ou françaises, japonaises (mangas) pour la réalisation de personnages de style figuratif.
Mais le graffe, c’est d’abord le lettrage et ses styles :
- le “block style”, premier style de lettrage inspiré du tag, aux grandes lettres carrées,
- le “throw up”, le “bubble style”, le “flop”, aux formes rondes, aux graphismes plus compliqués à réaliser,
A ces premiers styles de lettrages viennent s’ajouter le “dégradé”, la “3D”, le “out line” ou ligne extérieure, contour très marqué du lettrage, puis :
- le “semi-wild” et le “wild style” (styles sauvages) sont des styles plus élaborés encore, illisibles pour les non-initiés où flèches et lettres compliquées associent la typographie et la calligraphie japonaise ou arabe, par exemple.
Futura 2000 et Lee furent de ces premiers à importer le lettrage graffe des Etats-unis. En France Bando et Boxer sont des graffeurs de la première génération.
Le graffe c’est aussi la “fresque”, après le travail du lettrage s’ajoute la création du personnage (propre aux Européens) et la réalisation de la fresque où écriture, personnage, couleur, paysage se mélangent pour former un tableau gigantesque. Mode 2, Popay, Jeax ont été de ceux qui ont créé un style dans ce domaine.
Le “free style” ou style abstrait a été importé des Etats-unis par Jon en 1987, repris en France par les graffes de Lokiss, alliant couleurs et formes géométriques.
“Vandales ou artistes, les “writers”(1) n’en restent pas moins des créateurs porteurs d’une culture. S’il est considéré comme un art moderne, le graffiti ne fait qu’utiliser des techniques contemporaines, il est le prolongement d’une pratique ancestrale. Il y a seulement quelques milliers d’années des hommes préhistoriques peignaient ou gravaient sur les murs de Pompéï ou des grottes de Lascaux”(2).
Dans notre société évoluée, mais néanmoins violente, les cultures et le partage de ces cultures sont une solution pour la paix ! Le graffiti est plus que jamais un véritable outil d'expression, cependant il est encore loin d'être reconnu dans sa dimension artistique.
Dans leur film “GRAFFITI IFS” (3), les graffeurs CAZO et NOD (Artistes aérosol internationaux et membres fondateurs de l’association Espace Défis) défendent des idées humanistes et universelles, ils posent la question du devenir de l'humanité et de toutes ses richesses.
Le très fort message "Toute expression mérite d'être entendue" ! que proposent ces auteurs dans ce reportage documentaire, amène à réfléchir, à mieux connaître et comprendre la culture hip-hop et graffiti ; ils donnent des explications sur les techniques de graffiti et permettent surtout, de les rendre accessibles au plus grand nombre, initiés ou non.
“Ce film construit comme un documentaire se veut réaliste sur le hip hop et ses disciplines, pour cela nous avons recueilli des interviews qui se nourrissent de tous et qui témoignent de l'intensité de ce mouvement dans les messages et dans les techniques qu'il transmet et dans l'action qu'il génère. Des moments de vérité qui ne laisseront personne insensible, ni dans le doute, mais critique, pour une vraie prise de conscience sur ce qui doit être porteur de paix, pour plus de justice, ici et ailleurs.” CAZO
“Autour de cette réflexion “Toute expression mérite d'être entendue ... même la vôtre”, nous voulons partager notre mouvement qui fait du hip hop une culture universelle ! qui propose depuis très longtemps un esprit ouvert, libre et curieux ... c'est pour cela que tous les auteurs et ceux qui le soutiennent ont décidé de produire et de diffuser ce film indépendamment de tout monopole et industriel de la culture et de l’art ; pour plus de débats non élitistes, tenant compte de tous. Ce reportage amène des questions sur la place de l'artiste dans nos sociétés aujourd'hui, sur l'insertion du graffiti dans l'art contemporain, sur le phénomène de société qu'il suscite, sur sa valeur de “message”... NOD
(1) Writer : mot anglais signifiant celui qui écrit, écrivain, auteur.
(2) Paroles de Darco, graffeur, dans “Paris Tonkar” de Tarek Ben Yakhlef et Sylvain Doriath, Florent Massot et Romain Pillement, Editeurs.
(3) "Graffiti ifs” DVD en version française et anglaise - IFS451 production 2006
TAG ET CALLIGRAPHIE
Avant d’évoquer la calligraphie et son lien avec le tag, il faut remonter aux sources de l’écriture et celle-ci est une invention récente au regard de l’histoire de l’humanité. Si l’homme parle (dans un langage fait de sons articulés), depuis environs cent mille ans, il n’écrit que depuis cinq mille ans environ.
L’usage de l’écriture sur des supports très variés comme la pierre, la terre cuite, le papyrus, le papier, plus récemment l’ordinateur ... permet de communiquer dans le temps et l’espace, dans des fonctions propres : garder la mémoire, compter, établir l’ordre ... mais aussi écrire pour soi, entretenir des liens avec les autres ...
Les systèmes d’écritures mélangent les pictogrammes où chaque signe représente un objet, chez les idéogrammes, une idée, chez les syllabes, un son, chez les alphabets, un son décomposé. Les différents langages dans le monde sont emprunts de tous ces procédés d’écritures.
Le mot calligraphie vient du grec “kallos” (beauté) et de “graphein” (écrire). La calligraphie c’est l’art de la belle écriture et de la forme. Parmi les calligraphies, les plus connues sont sans doute la calligraphie latine, arabe et chinoise.
La plus représentative des calligraphies latines est l’écriture gothique, vieille de 2000 ans, très utilisée dans le monde religieux, notamment par les moines, spécialistes des enluminures. Au XVIIe siècle, on nommait le calligraphe de “belles mains” !
La calligraphie arabe, plus récente, est née au VIe siècle, faisant suite à une culture orale de tradition ; elle est liée, entre autres, à l’avènement de l’Islam et sa formation a largement servi à la diffusion des écrits du coran, la plus fidèle et explicite possible. L’écriture arabe a été développée dans le temps de manière très riche et diversifiée.
La calligraphie chinoise remonte à la plus haute antiquité et comporte différents styles et c’est à partir du IIIe siècle qu’elle fixe définitivement la structure et la technique de ses tracés. La calligrahie chinoise est rapide (style courant ou style d’herbe) appelée aussi “écriture folle ou agitée” comme l’herbe dans le vent !
Toutes ces calligraphies s’inscrivent dans des contextes culturels, au fil des aléas de l’histoire, elles ont varié et évolué avec les différents supports et outils : la plume d’oie, le calame (morceau de roseau taillé en biseau et fendu), le pinceau chinois ... et toutes demandent des qualités de concentration, d’habileté, de technique ... et de personnalité spirituelle !
L’alphabet tag (1) utilisé aujourd’hui est aussi une continuité de l’alphabet de nos ancêtres “phéniciens” d’il y a trois mille ans. 0utre sa fonction sociale encore différente, comme toute écriture, il fait appel pour le décrypter à des codes de visibilité pour ceux qui veulent seulement voir et de lecture, pour ceux qui cherchent à comprendre ou qui “savent” .
La calligraphie dans le tag, c’est un vrai voyage sur place ! C’est aussi une recherche du trait le plus beau, le plus expressif !
1) : TAG était un des premiers “crews” (collectifs, bandes) à se donner un nom dans le milieu du graffiti, au début des années 70, aux Etats-Unis, il signifie : “Tuff Artist Group” ; on pense que l’utilisation du mot TAG tire ses origines du nom de ce collectif.
“L’oeil paca.fr” , graffiti et tag
ET AUJOURD’HUI QU’EN EST-IL REELLEMENT DU GRAFFITI ?
Avec le mouvement graffiti, le hip-hop et le graffe, un nouveau style pictural est né.
On assiste à des expos, des festivals, des performances. Les spécialistes crééent des fanzines (revues spécialisées).
Malgré tout, en France, la renaissance du style graffe est vague, peu perceptible. Le graffe est affiché avant tout comme un art “vandale”, et à ce titre subit une répression policière déclarée ; la peinture aérosol reste “underground” et marginale.
Il serait cependant naïf de penser que les picturo-graffitistes n’aspirent pas à une forme de reconnaissance : faut-il rappeler que nul ne vit de l’air du temps !
Pour Olivier Sergent : “Les anciens du hip-hop qui n’ont cessé depuis maintenant près de quinze ans de croiser différents styles, d’affiner leur vocabulaire et d’expérimenter, ont suscité l’envie des plus jeunes qui tentent à leur tour de trouver une place(1)”.
Aujourd’hui, les artistes de la première heure, la “old school” (ancienne école), les “old timers” (vieille génération) vivent tant bien que mal de leur passion, font aussi de la peinture sur toile, du désign, du graphisme sur ordinateur, crééent des vêtements hip-hop ... relayés par une nouvelle génération qui aspire elle aussi légitimement à un devenir meilleur, qui essaye de trouver à son tour une place dans cette société qui propose de moins en moins d’espaces de création ...
(1) Olivier Sergent, journaliste, article pour la sortie du film “Faire kifer les anges” 1997.
LE TAG Le tag est une signature codée formant un dessin d’intention décorative sur une surface : mur, voiture de métro ... Le tag est aussi un moyen de communiquer grâce à des surnoms, de s’affirmer en tant que jeune créateur et de marquer son passage.
Les tagueurs utilisent tout un arsenal de “caps” ou embouts (mot anglais signifiant capuchons) de bombes et de marqueurs pour réaliser leurs empreintes graphiques codifiées. <<En savoir plus >>
LE THROW UP
Quand ils ont un peu plus de temps, les tagueurs font ce qu’ils appellent des “flops” : déformation sémantique de throw up, plutôt que de simples tags.
Les “flops” ou “bubbles”, mélange de graffe et de tag, peuvent être parfois coloriés. Les tagueurs et les graffeurs réalisent de grosses lettres en forme de “bulle”, visant à montrer que l’on sait faire autre chose que de marquer son pseudonyme sur un mur. <<En savoir plus >>
LE BLOCK STYLE La “brûlure”, "le simple style" et le “block style” de formes rectangulaires, sont tout simplement une association de plusieurs lettres envisageant le tag de la personne concernée. Souvent, deux couleurs sont nécessaires à l’élaboration de celui-ci. En règle générale, le fond est en or ou en argent et les “out lines” sont en noir, bleu ou rouge.
Cette technique, peu facile à maîtriser d’une manière convenable de par l’importance des mesures géométriques à respecter, est cependant rapide à exécuter, car un fond autour du lettrage n’est pas requis pour le mettre en évidence. Le “block style” est très visible de par ses grosses lettres lisibles par tous. <<En savoir plus >>
LE WILD STYLE
C’est la base même du “Graffiti Art” si l’on fait référence à New-York dans les années 70/80. Le “block style” et le “throw up” sont les premières approches typographiques nécessaires pour accéder à l’utilisation de lettres plus travaillées et plus compliquées.
Ensuite, le “semi-wild” et le “wild style” correspondent à l’étape ultime où le graffeur utilise flèches et lettres compliquées afin de former une association de lettrages illisibles pour la majorité des personnes. D’autres calligraphies et typographies arabes ou japonaises sont également utilisées par les graffeurs.
LE FREE STYLE
Importé des Etats-Unis en 1987, cette forme abstraite du graffiti recueille l’intérêt des initiés. Ces derniers utilisent facilement d’autres matériaux en même temps que la bombe : acrylique ou posca.
LES PERSONNAGES
On en distingue trois sortes :
- les B.Boys, aux formes carrées et à l’attitude menaçante
- depuis 1990, des héros de dessins animés et de bandes dessinées (comics, mangas)
- des personnages réalistes
LEXIQUE GRAFFITI ABUSER : taguer sans discrétion ARRACHER : faire des tags en grande quantité B.BOY : personnage faisant partie du mouvement, vient de “Breaker Boy”, apparaissant très souvent dans les fresques graffe BEBOM : bombe de peinture aérosol BOOK : classeur, livre, cahier où il y a les esquisses, dessins d’un graffeur BRÛLURE : lettrage comportant deux couleurs, en général le noir et l’argent BUBBLE : lettrage graffe en forme de grosse bulle CAILLE-RA : du verlan “racaille”, délinquant CARTONNER : action de peindre massivement sur une surface CHETOR : marqueur utilisé par l’ensemble des initiés pour décorer les rues et le métro COSMONAUTE : surnom donné par les tagueurs aux membres du G.I.P.R. (organisme chargé de la surveillance du métro) CREW ou POSSE : groupe dans le graffti, mais aussi dans toutes les disciplines du hip-hop FAT CAP : embout de la bombe aérosol qui permet d’obtenir des gros traits FLOP ou THROW UP : lettrage gonflé se situant entre le tag et le graffe GRAFF’ ou GRAFFE : peinture ou fresque murale GRAFFITI : inscription ou dessin griffonné ou gravé sur les murs, les portes, les palissades ... HIGH LIGHT : trait blanc pour l’effet lumière KIDS : jeunes graffeurs
LOGOTYPE : nouvelle forme de graffiti, propre à l’Europe, utilisant l’iconographie METTRE A L’AMENDE : faire payer les bombes, dépouiller, frapper quelqu’un ou bien être meilleur que son rival MOUVE : mouvement hip-hop NAME PLATE : boucle de ceinture arborant le nom du tagueur OLD TIMER : ancien du mouvement OLD SCHOOL : première école du hip-hop et du graffiti OUT LINE : contour du lettrage PAC MAN : surnom donné aux travaileurs de la “Comatec” (organisme chargé du nettoyage des voitures de métro taguées), dû à leur tenue jaune POMPAGE : copier le style d’un tagueur ou d’un graffeur SCAPO : verlan, marqueur “posca” utilisé par l’ensemble des initiés pour les rues et le métro SEE-YA : au revoir
SKINNY : embout de la bombe aérosol qui permet d’obtenir des traits fins TAG : signature codée formant un dessin d’intention décorative TOP TO BOTTOM : lettrage recouvrant de haut en bas une voiture de métro TOYER : repasser sur le graffe de quelqu’un que l’on n’aime pas WANTED : être recherché par une tierce personne, en général, il est accompagné de toyage WRITERS : nom anglais, donné à tous ceux qui écrivent dans le graffiti
MATERIELS GRAFFITI LE MASQUE DE PROTECTION
Les vapeurs de la bombe peuvent paraître “agréables” à l’odeur, elles n’en sont pas moins nocives. Il vaut mieux protéger ses poumons et son coeur (surtout en intérieur), avec un masque de protection respiratoire contre les vapeurs organiques et les poussières.
LA BOMBE AÉROSOL DE PEINTURE
Il existe différentes marques : Montana, Sparvar, Felton, True color, Belton, Krylon ... vendues en magasin spécialisé pour le graffiti, de bonne qualité et d’un prix raisonnable. Ces bombes ont plusieurs contenances allant de 100 ml, 200 ml, 400 ml, 600 ml à 750 ml.
L‘EMBOUT
Il existe aujourd’hui une multitude de caps permettant différents effets et épaisseurs de traits. Les plus utilisés sont : le “fat cap” (largeur du trait : de 8 à 15 cm), le “skinny” (largeur du trait : de 2 à 3 cm), le “cap aiguille” (largeur du trait : de 0,5 à 1 cm).
LE MARQUEUR
Très apprécié des tagueurs, il existe une grande variété de marqueurs (posca ou autres) de différentes couleurs, de pointes et de largeurs, pouvant atteindre jusqu’à 10 cm de largeur.
LE STICKER
Extension du tag traditionnel, les stickers offrent un support d’expression supplémentaire aux “writers”, désirant s’approprier de petites surfaces stratégiques.
Ceci est le matériel de base. Selon les techniques travaillées, les expériences faites ... les matériels et matériaux utilisés sont multiples et propres à chacun (peinture murale, toile, pochoir, aérograttage ...)
Infos sur l'asso. Atelier 7/9 ans Ateliers 10/13 ans Ateliers 14/17 ans Formation adultes Projets artistiques D'autres styles Contact Espace de connexion
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